Mes idées

L’Union pour la nouvelle République

La dernière Cordée

Chaque fois que je prends une décision qui doit engager ma vie, c’est toujours dans le plus grand secret, c’est-à-dire dans mon for intérieur. Je discute avec moi-même des conséquences, des tenants et des aboutissants. Apres cette longue discussion avec moi-même, je tire des conclusions du pourquoi, quand, comment, où, et avec qui ?

Je passe à la seconde étape : avec qui ? C’est l’étape la plus longue, car le principe est de ne rien dire, même aux pressentis, futurs associés à cette démarche.

Mon grand père Maurice BOUTSOU BOUSSA me disait : « le secret c’est ce qui est dans ton cœur. Il appartient à ton moi intérieur, ton moi profond. Quand tu le partages avec une personne quelque soit le degré de confiance placée en elle, cela devient un demi secret, si vous êtes trois à le partager, ce n’est plus un secret du tout… » Dans la mesure du possible, je reste fidèle à cet enseignement.

 La troisième étape, elle aussi très importante est celle du questionnement. Je pose la question ou des questions aux proches, à l’entourage pour essayer de savoir ce qu’ils pensent de l’idée, de telle ou telle entreprise, sans montrer l’importance que j’attache au problème, mais pour que l’idée se propage et attendre en retour le plus d’avis et surtout, beaucoup d’échos, je précise toujours : « c’est encore un secret, surtout ne le répète pas…. ». Après je fais une liste des personnes informées, mes « confidents » très vite l’idée se propage et les avis et les commentaires ne se font pas attendre.

Quand j’ai eu l’idée de créer un parti politique, je me suis dit que des hommes et des femmes vont me suivre. Nous allons ensemble monter, surmonter les difficultés. Ce sera ma première cordée, pour aller haut, vers les cimes s’il le faut.

Après les avis les plus divers, je suis allé m’ouvrir au chef de l’Etat en 1986. Nous avons échangé, discuté, chacun de nous savait que le sujet était important mais ne voulais montrer ni cette importance, ni l’intérêt qu’il attachait au sujet.  Je savais à peu près ce qu’il pensait du sujet.

Quand en 1990 la conférence nationale va être convoquée à la suite des évènements qu l’on sait (chute de Ceausescu, conférence du Bénin) je ne suis pas dans les secrets des Dieux. Les négociations se mènent pour ne pas dire se traitent entre initiés. Mais tout homme averti, savait que des changements importants se préparaient. Les groupes se font et se défont, les partis se forment, les camps aussi. Les hésitations sont publiques, multi partisme ou pas multi partisme. Cadre d’apprentissage, cadre laboratoire, pour apprendre la démocratie, ou  faut il sauter le pas pour entraîner le pays dans le multipartisme intégrale. C’est ce qui fut fait.

 Les acteurs les plus en vue sont, à tout seigneur tout honneur le Président EL HADJ OMAR BONGO, les ténors de son camp dont je ne suis pas, c’est à peine si on osait parler de moi, comme débateur possible ! En face, Pierre Louis Agondjot OkAWE, REDJAMBE, Paul MBA ABESSOLO, le tout fringant leader d’une autre opposition venue de Paris, à la suite de mille et une tractations. Il y a bien sûr tous les grands noms de l’opposition de l’époque : OYONO ABA’A Simon, Marc Saturnin NAN NGUEMA, que ceux que je ne cite pas m’excusent. A la fin, les camps se dessinent. Les choses dans leur évolution, n’épousent pas ma pensée.

Je décide plus tard, de créer le Parti de l’Unité du Peuple, PUP ma première cordée. Cela fait grand bruit. Apres avoir conféré avec le chef de l’Etat, le PUP, dans toutes et avec toutes les difficultés va voir le jour. Le succès est au rendez vous, avec des hommes et des femmes rassemblés au hasard de connaissances et de rencontres, un groupe se constitue. Autour de moi des hommes comme Samuel EDZANG, un médecin, Maurice NOMBO MBATCHI, un ancien diplomate au parler tranchant, Emery NZAMBA KASSA, des anciens collègues, comme Pierre KOUMBA, des jeunes qui sont toujours autour de moi, comme Pierre Briault BAGOUENDI KOUMBA, forment le haut, les premiers de la cordée.

D’autres viendront chercher, qui l’aventure, qui la fortune, qui les moyens d’être utile ou de nuire c’est selon. Au prix de mille difficultés le PUP va naître. Des députés vont vouloir abandonner leur formation politique pour vouloir rejoindre les rangs du PUP qui vient d’être reconnu légalisé avec plus de treize mille six cent adhérents (13 600) et reçoit le récépissé 0001. Le moins que je puisse dire est qu’on ne nous a rien épargné. Mais uni le groupe a vaincu. Je voudrais ici saluer le patriotisme, le dévouement, l’esprit de sacrifice de cette première cordée. Je m’incline devant la mémoire de ceux qui nous ont quittés. Que Dieu les prenne dans sa sainte garde. Ce ne fut pas facile, mais l’aventure a été saluée par tous, même par les adversaires déclarés ou supposés.

 Cette première cordée, nous a menés loin, très loin. Nous avons sortis de nos rangs, des Ministres, des Députés, des Sénateurs, des hauts fonctionnaires responsables de hautes administrations. Ce qui est fantastique dans cette aventure, c’est que les nôtres obtenaient des promotions et certaines nominations, parce qu’ils étaient pupiste certes, mais aussi, parce qu’ils cédaient aux pressions, ou aux tentations qui leurs étaient faites, pour quitter le PUP. « Vous quittez le PUP, nous on vous assure un poste de Sénateur…de ceci ou de cela ». Quelle angoisse !

 L’épopée PUP a été et restera très riche, jusqu’au jour où avec de nombreux compagnons, nous avons décidé de mettre fin à l’existence du PUP, en créant l’Union pour la Nouvelle République (UPNR), la dernière cordée.

Cette dernière cordée, l’UPNR est née dans les mêmes conditions ou presque, mais dans un plus grand confort, et un plus grand enthousiasme. Cela peut se comprendre, le Fondateur est Vice Premier Ministre. D’autres et beaucoup croyaient que je garderais des fonctions gouvernementales : donc s’attendaient à des promotions et des nominations. Je comprends la déception de beaucoup quand j’ai annoncé mon départ du gouvernement. Les rangs se sont éclaircis, Dieu merci, Je peux parler de sélection naturelle. Ce sont les plus convaincus qui sont restés dans cette dernière cordée. J’espère qu’ensemble nous irons plus loin qu’avec le PUP.

La décision a été prise lors du congrès de la Refondation du PDG. Cela peut surprendre, mais c’est au cours de ce congrès, pendant sa préparation, surtout le jour de la fin du congrès que j’avais décidé ou de reprendre le PUP, ou de créer une autre formation politique.

Le congrès de la refondation du PDG, je l’ai préparé sous les instructions du Président Fondateur. Mais dans quelles conditions sur le terrain ! Mes amis, quelle haine affichée, quelle animosité.

J’étais président de la commission de politique générale. C’est-à-dire la commission d’où étaient attendus les changements et les innovations. Je ne pouvais pas faire mon rapport,  la parole ne m’était donnée qu’au prix de mille et une difficultés. C’était les autres d’un coté et moi de l’autre, Georges RAWIRI, seul, essayant de tenir la balance. Je suis allé me confier au Président Fondateur, mais la cause était entendue. Il fallait par tous les moyens faire barrage à MAYILA. Paul BIYOGHE MBA était mon seul réconfort, me soutenant dans la réflexion, et apportant son extraordinaire force de travail. C’est un réel plaisir de travailler avec Paul. Les cadres du parti ont tout simplement été extraordinaires. Ils m’ont aidé, soutenu, encouragé, et entouré. J’ai réussi à faire mon rapport, vous pouvez me croire non sans peine, mais la mission était accomplie. On peut encore aujourd’hui apprécier la performance…

 Le clou de la méchanceté, si on peut appeler ainsi le comportement de certains hommes, ce fut le dernier jour, à la clôture. Je devais intervenir.  J’étais déjà programmé, il fallait observer le manège. Messieurs Antoine YALANZELE et BIYOGHE MBA devaient passer après moi. Nous remarquons tous, des allers et venus pour parler à l’oreille du Président Fondateur. On annonce Monsieur Paul BIYOGHE pour prendre la parole, puis Monsieur YALANZELE, et après tout d’un coup, on appelle Maître MAYILA. Le Président Fondateur se lève dès que je monte à la tribune. Que faire ? Repartir ? Attendre son retour ? On me fait signe de continuer. Je sens une petite colère monter, je la domine et je parle. Dès que j’ai terminé mon discours le Président Fondateur revient dans la salle juste au moment où l’assistance achevait d’applaudir. Ma décision se confirmait, et prenait forme. Je dois repartir, ou créer un autre parti.

Arrive le moment de la composition des instances du parti. Pratiquement tous les Présidents des corps constitués devenaient Vices Présidents du PDG. A cela il fallait ajouter Messieurs Ali BONGO et Pendy BOUYIKI. Bien sûr Louis Gaston MAYILA Président du Conseil Economique et social était aussi parmi les Vices Présidents. Donc je ne suis pas le seul Vice Président du PDG.

Tous vous êtes tentés de me demander, pourquoi ne pas arrêter les frais à ce moment précis ? Déclarer nulle l’adhésion au PDG et repartir au PUP, avec armes et bagages.

Ceux qui m’ont suivi vont à leur tour découvrir, le visage de la haine, une campagne est orchestrée, où est MAYILA maintenant ? Il a vendu le parti, comme tout ce qui se rapporte à la politique a toujours une odeur d’argent,  j’ai entendu des vertes et des pas mûres. 

 Je reprends donc la question. Pourquoi ne pas refuser de rejoindre les rangs du PDG à ce moment précis? Pourquoi avoir continué ?

Pour deux raisons : la première est que j’avais donné ma parole au Président Fondateur, qui a à mes yeux trois titres :

1)    Président Fondateur

2)    Président de la République

3)    Et surtout mon maître celui qui m’a tout appris en politique.

Comment à ce moment protester, crier à je ne sais quelle trahison ? Il fallait tout simplement assumer, savoir encaisser et voir venir. Savoir se maîtriser…oui. J’ai encore en mémoire le regard interrogateur des amis, au moment où je parlais à la tribune.

La deuxième raison qui est tout aussi importante que la première, est que moi je manipule des énergies. Quand je dis à ces énergies : «  on va à droite », il m’est difficile de leur dire au même moment : « on va à gauche ! » Il me faut du temps, des arguments, des offrandes, pour leur demander de changer de direction. Le temps j’étais obligé de le prendre, avant d’arriver à l’UPNR, la dernière cordée. L’Union pour la Nouvelle République, celle-ci est effectivement ma dernière cordée. Quand à mon age, on crée un parti politique, c’est avec la ferme volonté de voir ce parti vous survivre. Ce parti est désormais appelé à devenir l’héritage des plus jeunes qui nous accompagnent dans cette dernière cordée conduite par moi-même. Nous visons les sommets, les cimes, nous visons les grands changements, les dernières réalisations. Nous cherchons surtout des appuis auprès du peuple. Comme cette phrase d’Archimède, devenu un des mots d’ordre de l’Union pour la Nouvelle République : « Donnez moi un point d’appui et je soulève le monde ». Donnez vos voix et votre appui et nous changerons le GABON.

 Plein succès et longue vie à la dernière cordée !