Au Gabon la Démocrature est en Marche

Date mai 2, 2008

 

Les élections de la honte : - 5% de la population s’est rendu aux urnes

Le constat général est que les gabonais ne se sont pas déplacés pour aller voter. Les élections locales du 27 avril 2008 consacrent la faillite d’un système bâti sur l’argent, l’achat de conscience, sur l’artificiel qui ne repose sur aucune conviction. Il n’y a plus place ici pour parler de corruption parce que pour parler de corruption, il faut qu’il y ait d’une part des corrupteurs et de l’autre des corrompus.

Au Gabon le désordre, l’inorganisation ont atteint un paroxysme rarement égalé ailleurs. Il n’y a pas de liste électorale, personne n’est sûr d’aller voter, ceux qui sont inscrits ne sont pas sûrs de trouver leurs noms sur les listes, ceux qui ont les noms sur les listes n’ont pas de cartes d’électeurs, la liste électorale affichée  n’est pas la même que la liste d’émargement. Les radiations sont devenues une arme contre les adversaires politiques. A Fougamou, tous ceux dont on était sûr  qu’ils ne voteraient pas pour le PDG ont été radiés, les noms se sont retrouvés à Ndende ou à Port Gentil.

La première sonnette d’alarme a été tirée par le Président de la République lui-même, le 28 avril le Chef de l’Etat a déclaré à la radio, ne pas comprendre que le Gabon qui a plus d’un million d’habitants, les gens ne se déplacent pas pour aller voter. C’est le constat d’un chef averti qui se rend compte que son gouvernement n’a pas été à la hauteur.

A Owendo par exemple, on a assisté au triste spectacle de l’entrée de Madame le Maire, pas moins, au bureau de la CENAP qui est censée être la Commission Nationale Electorale Indépendante. Madame le Maire est rentré avec un sac bourré d’argent, s’est enfermée pendant 45 minutes avec les membres de la CENAP. On devine bien ce qui a pu se passer entre les mûrs… le résultat est que les owendois n’ont pas voté.

Dans le désordre généralisé, devant la honte et la colère, les Gabonais ont préféré bouder les urnes. On voit dans les bureaux 300 inscrits, 14 votants, ou 500 inscrits 8 votants, c’est le triste spectacle qu’offre le Gabon.

L’inorganisation, le mépris des lois, la désorganisation des structures de l’Etat, ont atteints un tel point que pour les analystes le Gabon est aujourd’hui tout simplement :

-          un pauvre petit pays foutu

-          un foutu pauvre petit pays

-          un petit pays pauvre et foutu

Voici ce que pensent tous ceux qui ont déjà ailleurs vu fonctionner une Démocratie, un Etat, une Administration qui méritent ces qualificatifs.

 

Il y a une volonté manifeste des pouvoirs publics, de mal organiser les élections, de ne pas organiser les élections, car un minimum d’organisation démontrerait très rapidement que tous ceux qui détiennent un mandat aujourd’hui, ne le détiennent pas du peuple, ils le détiennent de la violence, de l’argent, de la peur, des rentes de situations.

L’Union Africaine, l’Union Européenne, l’Organisation des Nations Unies, la France, devraient se préoccuper sérieusement du cas du Gabon, avant que les larmes et le sang ne succèdent à une stabilité factice, une stabilité en trompe l’œil qui donne à l’étranger l’illusion d’un pays qui marche. C’est vrai les salaires sont payés, c’est vrai les Gabonais ne se massacrent pas encore avec des fusils et des haches… mais il y a des choses qui font aussi mal que les fusils et les haches. Regardons ce qui s’est passé à Moanda ! Les haches et les machettes étaient là, il ne manquait que les fusils !

Un jour, ce qui se passe dans le pays va céder sa place au courage, l’argent n’aura plus le pouvoir de rien acheter, tous les patriotes mettrons de côté ce semblant de consensus où les ethnies remplacent les partis politiques, l’argent venant à bout de tous les sentiments d’honneur, de patriotisme, de dignité.

Le seul mot qui convient aujourd’hui pour qualifier le Gabon, c’est la Démocrature (le terme est de Jean François REVEL).

Pour en revenir à l’UPNR, le Parti a atteint aujourd’hui deux objectifs :

Le premier objectif, sa reconnaissance de jure aux termes de l’article 13 de la loi n°24/96 d’abord, par la décision du Conseil d’Etat en date du 4 avril 2008 ensuite, où la Haute Juridiction dans un considérant affirmait que « la légitimité déjà acquise par l’UPNR » ne peut donner lieu à une délibération par voie contentieuse.

Enfin par la décision n°32/CC de la Cour Constitutionnelle qui reconnaît que les listes déposées par l’UPNR sont validées et que ce parti pourrait aller aux élections comme tous les autres partis reconnus. Voici le premier objectif atteint par l’UPNR.

Le deuxième objectif est que par la force de l’arbitraire, du mépris des lois et des institutions établies, dans un Etat sans foi ni loi, la même Cour Constitutionnelle, la mort dans l’âme a dû, le 8 avril 2008, contredire le contenu de sa propre décision. Et par habilité juridique il faut le reconnaître, ne voulant pas et ne pouvant pas se déjuger, la Haute Institution dans une décision portant le même numéro hélas pour les partisans du désordre, a été forcé de dire que les mêmes listes qu’elle venait de déclarer aptes à aller aux élections, doivent maintenant aller en indépendants.

Mais l’UPNR avait prévu ce genre de situation inédites dans tous les pays du monde, et par habilité juridique aussi, a fait 42 recours aux noms de toutes ses têtes de listes. Cela voulait dire que dans tous les cas de figure, même si ce n’est pas avec le logo de l’UPNR, toutes ses listes se sont retrouvées sur le terrain pour mener campagne, avec le mot d’ordre du parti, les idéaux du parti, avec des logos de circonstance, ce pour nous permettre d’être présents à cette compétition. Voici le deuxième objectif atteint par l’UPNR.

Les résultats sont ceux que les pouvoirs veulent bien annoncer, c’est une honte. A Fougamou nous avons gagné les élections à la commune et au département, les recours que nous allons introduire vont le démontrer.

Mais l’UPNR, avec l’expérience du terrain qui est la sienne savait qu’aller aux élections, sans franc électoral, sans être représenté à la CENAP là où se prennent les décisions, sans être dans les bureaux de vote, sans être représenté dans la commission des inscriptions, l’objectif visé était plutôt sa présence que les résultats en terme d’élus. C’est le seul pays où les responsables se vantent d’être des tripatouilleurs et veulent proposer leurs services aux autres pays.

Dans un pays où règne l’arbitraire et l’injustice, même la justice devient suspecte.

Dans ces circonstances, si le parti a un seul élu, ce sera la victoire de la volonté, du courage, de la détermination et de la foi de ses militants dans l’avenir de ce parti.

Nous tenons ici à féliciter chaleureusement et à rendre hommage à toutes nos têtes de listes qui sont allées à la bataille avec la force de l’espoir et la foi dans l’avenir.

Je vais vous raconter ce qui s’est passé à Owendo le 29/04/08. Dans une salle, les candidats sont réunis, chacun raconte ce qu’il a vu et ce qu’il a vécu. Tout d’un coup, un autre candidat indépendant, Monsieur S.B fait irruption : « écoutez les gars je viens du Ministère de l’Intérieur, on nous propose de nous répartir des postes de conseillers municipaux sans tenir compte des résultats (il n’y en a pas), si vous acceptez on balance les résultats selon ce que nous allons convenir. Un autre candidat dit, je ne suis pas d’accord et le peuple dans tout ça ? Alors Monsieur S.B appelle le Président de la CENAP pour demander le faux procès verbal déjà établi, Mais devant les protestations des uns et des autres, Monsieur S.B est aux abonnés absents. » ça va se savoir !  Pauvre Gabon

4 Responses to “Au Gabon la Démocrature est en Marche”

  1. vincent said:

    Eh Ben Epoustouflant, cher maître

    FV

  2. socrate said:

    Maitre Mayila que faites vous et votre parti face aux abus et à l’injustice que subissent les acteurs de la société civile gabonaise?

  3. MBA ZUE said:

    Bonjour Monsieur Mayila,

    En vous lisant ,nous reconnaissons les travers de notre pays, qui plombent tout effort de développement du Gabon,pays pourtant doté de richesses immenses.je me réjouis par ailleurs ,que vous ayez une lecture de la situation aussi proche que celle de la majorité des gabonais.Cependant ceci parait très surprenant pour un dignitaire du régime Bongo comme vous.Monsieur Mayila,vous avez participer activement à la construction du système en place,de façon active ou passive.Car vous avez longtemps été proche collaborateur du chef de l’État,et nous n’avons pas souvenance d’une démission de Mayila ou d’un coup de gueule engendré par une opposition à certaines pratiques.Pourtant loin d’être des héros ,Maganga moussavou,Ogouliguendé … ont au moins une fois manifesté leur désaccord au régime.Mais notre Mayila si proche si loin,ne retrouve sa lucidité que lorsqu’il se sent marginalisé,lorsqu’il est écarté du cercle du pouvoir.La création d’un parti politique auquel personne ne croit devient votre arme,votre bras armé pour attirer à nouveau l’attention du grand camarade.En vérité vous donnez l’impression de n’avoir aucun projet sérieux pour le Gabon,sinon d’être à coté de Bongo et bénéficier de ses largesses.
    Cher maitre, nous sommes peut être dans un pays foutu mais nous ne sommes pas des êtres aux consciences d’oiseau.
    Dans une chanson que vous et moi aimons bien, on nous rappelle que “quelque soit la durée de la nuit, le soleil apparaitra.
    Cordialement.

  4. julianne said:

    Dommage que l’on ne vous entende pas beaucoup actuellement et surtout malgré tout que votre image soit associée au pouvoir actuel tout de même. Ce type de discours peut remotiver les gens. Quel honte que le Gabon soit dépassé par la Guinée Equatoriale ! Faites quelque chose

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